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Il n’est de camembert que de Normandie 14/01/2018

 
 

            Irving Penn Ripe cheese New York,1992
 
 
Gastronome émérite, Pierre-Brice Lebrun se livre, dans son « petit traité » à une véritable défense
et illustration de ce fromage copié partout dans le monde.
Recettes à l'appui. 
 
Il est le fromage le plus populaire en France. Le plus consommé. Fait « à c½ur », coulant, odorant, onctueux et goûteux à souhait, le camembert à la belle croûte naturelle blanche et fleurie, à la pâte jaune et bien lisse, jouit d'une aura sans égale de par le monde, symbole – image d'Épinal oblige ! – du Français « béret sur la tête, kil de rouge et baguette sous le bras ».
Il aurait été inventé en 1791, dit-on, par Marie Harel, fermière du côté du village de Camembert (Orne).
Un prêtre réfractaire, originaire de la Brie, qu'elle aurait caché, lui aurait confié les secrets de la fabrication
du brie de Meaux.
Aussitôt, la bonne dame les appliqua à sa propre production, poursuivie par ses héritiers.
Une statue à l'effigie de Marie Harel, à Camembert, en témoigne.
Las, à en croire Pierre-Brice Lebrun (1), ce n'est que légende.
Dans son Petit traité du camembert, cet écrivain journaliste gastronome remet les pendules à l'heure.
Au terme de longs mois d'enquête minutieuse, visitant les fermes, fouillant dans les archives, les registres d'état civils et paroissiaux, il en a conclu (après bien d'autres, il est vrai), que, non seulement cette histoire de Marie Harel et de son prêtre ne tient pas, mais que le camembert ne serait que la suite de forts anciens fromages locaux, tel l'« angelot ». D'ailleurs, rappelle-t-il, dès 1708, Thomas Corneille dans son Traité universel géographique et historique faisait mention d'un fromage de Camembert.
L'invention, par Rodel, de la fameuse boîte ronde en peuplier à la fn du XIXe siècle, aurait assuré son succès, autorisant son transport sans dommage jusqu'à Paris, par le chemin de fer.
Tant pis. Ou tant mieux. Puisque cette étude, ponctuée de moult anecdotes, est l'occasion de tout  apprendre sur l'identité et la fabrication du « véritable » camembert : le camembert labellisé de Normandie, au lait cru moulé à la louche, bénéfciaire, depuis 1983, d'une AOP (appellation d'origine protégée) stipulant qu'il ne peut être élaboré qu'à partir d'un lait provenant exclusivement de « vaches élevées et nourries sur des pâturages de la région normande ».
Rien à voir avec le camembert industriel étiqueté « fabriqué en Normandie », c'est-à-dire élaboré effectivement dans cette région, mais avecun lait pasteurisé importé de n'importe où. Rien à voir, surtout, avec le camembert tout court, lui aussi évidemment au lait pasteurisé, et fabriqué dans le monde entier, au Canada, aux États-Unis et ailleurs.
Si le Camembert de Normandie AOP se conserve moins longtemps que les camemberts industriels, sa saveur est
bien plus goûteuse, dégusté nature, avec (ou sans!) pain. Voire en cuisine.
Pierre-Brice Lebrun en présente une centaine de recettes dont ce traditionnel velouté de camembert à l'an
douille de Vire et, plus inattendu, ce camembert frit dont il avoue en être « devenu dingue » dès qu'il l'a goûté.
Didier Méreuze
(1) pierre bricelebrun.unblog.fr

Tags : fromages

Le « Paris, Port-de-Mer » de Blaise Cendrars 13/01/2018

Libraire à l'enseigne de La Petite Lumière, Olivier Renault conduit à la suite du poète en bourlingue de l'île de la Cité aux quais de la Seine, à l'ombre de Notre-Dame.


 
 
Le « Paris, Port-de-Mer » de Blaise Cendrars

 
Le « Paris, Port-de-Mer » de Blaise Cendrars
Le chevet de la cathédrale Notre-Dame, depuis le quai de la Tournelle. S. Ramelli/stock.adobe.com
 
 
 
Le « Paris, Port-de-Mer » de Blaise Cendrars
Les étals de bouquinistes, courant le long des quais, à Paris. Loïc Venance/AFP
 
 
L e Paris de Blaise Cendrars, c'est Paris tout entier. Paris de la rue Saint-Jacques – où il s'est fait naître –, de Montparnasse et de Saint-Germain-des-Prés. Paris de la Butte et du B½uf sur le toit...
Mais c'est aussi le « Paris, Port-de-Mer » auquel il rendra hommage, en 1948, dans son recueil Bourlinguer (1). C'est ce Paris de la Seine et de ses quais qu'Olivier Renault, libraire à l'enseigne La Petite Lumière (2) et fin connaisseur de l'auteur de La Prose du Transsibérien, invite à retrouver sur les traces de l'écrivain.
Rendez-vous est fixé au c½ur de l'île de la Cité. Sur le parvis de la cathédrale.
Au centre de la France. Au centre du monde. Au point exact du kilomètre 0, à partir duquel sont officiellement calculées les distances séparant la capitale du reste de l'univers.
Cheveux au vent, barbe noire et moustache frémissante, l'½il un rien pétillant, Olivier Renault s'amuse.
« Pour se lancer à la suite d'un écrivain bourlingueur, c'est idéal, non ? »
Au sol, une plaque matérialise le fameux kilomètre 0. « On dit que quiconque pose son pied dessus est assuré
de revoir Paris ! » Si l'on considère qu'il n'a jamais quitté Paris que pour toujours y revenir – et même y mourir! –, il est vraisemblable que Cendrars a accompli le rite. Il aura eu plus de chance que le visiteur actuel : pour
cause de travaux sur le parvis, nul ne peut y accéder.
Peu importe. De même que l'écrivain baroudeur, on n'a d'yeux que pour Notre-Dame, ce « magnifique et sublime édifice » célébré par Hugo, aux pierres d'une luminosité brûlante quand le soleil les frappe.
Cendrars s'y est-il recueilli? « Il n'en a jamais fait mention », avoue Olivier Renault. « Son rapport à la religion
était complexe. » Ce qui est certain, est qu'« il était en admiration devant l'architecture gothique de cette cathédrale. Elle le touchait, le fascinait. Certains soirs, quand il ne supportait plus les discussions réunissant, au Flore ou aux Deux Magots, peintres et écrivains – à commencer par Apollinaire qui l'exaspérait ! –, il entraînait Soupault jusqu'ici. »
En 1917, démobilisé d'une Grande Guerre pour laquelle il avait combattu comme engagé volontaire, enrôlé
dans la Légion étrangère – guerre qui l'avait laissé amputé d'un bras –, Cendrars a logé régulièrement à l'hôtel
Notre-Dame, situé en face, de l'autre côté du fleuve, 1 quai Saint-Michel.
Ce n'est pas un hasard. « De sa chambre, il jouissait d'une vue imprenable sur la cathédrale et son parvis. »
Pour rejoindre cet hôtel, le plus rapide est de quitter le parvis par la rue de la Cité et de franchir le Petit-Pont.
Mais Olivier Renault préfère emprunter des chemins détournés, contournant Notre-Dame, sur la gauche, par
la vieille rue du Cloître-Notre-Dame, rappelant à Cendrars le Paris de Villon.
Las, il y a beau temps que le fantôme de ce dernier a déserté le quartier, chassé par la prolifération des
magasins de souvenirs, réduisant la petite artère à « une arrière-boutique du tourisme », soupire notre libraire Passant par l'île Saint-Louis, il rattrape le quai de la Tournelle, via son pont orné, depuis 1928, de la célèbre
statue de Sainte-Geneviève.
De là, se découvre le chevet de Notre-Dame, légèrement, si légèrement, masqué par le rideau des arbres du Square JeanXXIII.
Au loin, pointe la tour Saint-Jacques. « La vision est sublime, s'extasie Olivier Renault. D'ailleurs, elle a été souvent reprise dans des documentaires ou dans des films. »
L'atmosphère est paisible. Des cygnes et des canards barbotent dans l'eau. Dans le ciel passent et volettent
mouettes, goélands argentés,et toutes sortes d'oiseaux.
On est à la fois dans la ville et (presque) à la campagne.
Tout en longeant le quai de la Tournelle, Olivier Renault explique: « Cendrars pouvait rester des heures entières
à regarder le spectacle de la Seine. Il était captivé par le mouvement des bateaux chargeant et déchargeant
leurs marchandises au port du Louvre, arrivant ou repartant vers on ne sait quelles mers, quels océans, quels pays. »
Certes, en nos années 2010 et quelques, le trafic fluvial n'est plus celui d'antan.
Évoqués dans « Paris, Port-de-Mer », « les petits steamers dont la tête de ligne est au Tower Bridge et le terminus aux guichets du Louvre » ne hantent plus le port, aujourd'hui disparu. Mais les péniches, bateaux
de pompiers, vedettes pour touristes et autres « touilleurs »... entretiennent toujours un charme un rien « carte
postale ».
Ce charme se fait plus prégnant encore dès que l'on atteint les premiers étals de bouquinistes. Courant tout le
long des quais, ils continuent à métamorphoser Paris en une extraordinaire librairie extérieure, « seule ville du
monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », écrira Cendrars. « Que de livres ! Que de livres !
Il passe plus de livres dans les boîtes des quais qu'il ne coule d'eau sous les ponts de Paris. »
Ce qui était vrai hier, l'est toujours.
Comme à feu la Samaritaine, on y trouve de tout : antiques ouvrages de sciences et de philosophie, biographies
et romans en tous genres, styles et prix.
Les uns à l'état neuf, d'autres au papier jauni. Avoisinent de vieux numéros de magazines, L'Illustration, Le Petit
écho de la mode, numéros spéciaux de Paris Match de 1962 (l'attentat du Petit-Clamart) ou de 1963 (l'assassinat de Kennedy). S'ajoutent des gravures... De quoi aguicher le flâneur. « Cendrars, reprend Olivier Renault, était capable d'y passer toute la journée, voyageur immobile rêvant d'ailleurs lointains. »
Au quai de la Tournelle succède le quai de Montebello, puis le quai Saint-Michel et au n° 1... le fameux hôtel
Notre-Dame. Sa situation est effectivement idéale. Depuis ses chambres, elle offre un regard réellement exceptionnel sur le Paris Port-de-Mer, la Seine, ses quais, la Cité et sa cathédrale.
Quand la nuit tombe reviennent en
mémoire les vers de Cendrars dans Paris, écrits en 1917: « Un nénuphar sur la Seine, c'est la lune au fil de l'eau/La Voie Lactée dans le ciel se pâme sur Paris et l'étreint/Folle et nue et renversée, sa bouche suce Notre-Dame »...
Didier Méreuze
(1) Les citations de Blaise Cendrars sont extraites de « Paris, Port-de-Mer », dans Bourlinguer.
¼uvres autobiographiques complètes. La Pléiade, éd. Gallimard.
Coffret de 2 vol., 2 272 p., 120 ¤.
(2) au 14, Rue Boulard, 75014 Paris.
 
Ses autres « Paris »
D'un arrondissement, d'un quartier à l'autre, la bourlingue du poète bourlingueur.
Le Paris du 5e arrondissement.
Blaise Cendrars, enfant de Suisse né à La-Chaux-de-Fonds, en 1887, sous le nom de Frédéric Louis Sauser, s'y
est fait « renaître », en tant que poète, au
« 216, rue Saint-Jacques » dans son poème au titre éponyme :
« Une plaque est au premier étage (...). Je ne sais pas qui occupe aujourd'hui la chambre où je suis né. » L'adresse correspond à celle de l'hôtel des Nations (rebaptisé par ses soins hôtel des Étrangers et aujourd'hui disparu !), où il avait pris une chambre, en 1910, à peine débarqué en France, pour la première fois, l'année de ses 23 ans Sur la porte à côté, au 218, une plaque affirme : « Ici était la maison où Jehan de Meung composa le Roman de la rose. 1270-1305. »
C'est en face de cet hôtel, encore, que Cendrars installe, ou plutôt réinstalle l'imprimerie où aurait travaillé Restif de La Bretonne.
Enfin, Villon, son poète tant aimé, aurait vécu dans cette rue.
Le Paris de l'île Saint-Louis.
Au 31, quai d'Anjou se dresse, indique une plaque, un hôtel du XVIIe siècle, élevé par le sieur de Gomberville,
poète et « titulaire du 21e fauteuil à la fondation de l'Académie Française ».
Pendant l'entre-deux-guerres, il a abrité un restaurant très à la mode : Le Bar des mariniers.

Parmi sa clientèle, des stars du cinéma français et de Hollywood, des écrivains avec lesquels Cendrars s'était lié, Hemingway, Dos Passos... qui l'avait baptisé le « Homère du Transsibérien ».
Dans Bourlinguer, Cendrars déplacera
l'établissement quai des Grands-Augustins, juste à côté de la grande librairie Chadenat.

Il en fera un bistrot dirigé par la « grosse Félicie » qui, après le décès de son mari, décide de boire avec ses clients et ses amis tout le fond qu'il avait laissé.
Le Paris de Saint-Germaindes-Prés.

Cendrars a vécu au n° 4 de la rue de Savoie pendant douze ans, de 1912 à 1924.
Tout près, au n° 3, rue des Grands-Augustins, vivaient Robert et Sonia Delaunay qui illustrera La Prose du Transsibérien.
Le Paris de Montparnasse et des nuits chaudes, du Dôme, de La Rotonde, du Select, de La Coupole...
hauts lieux de la vie intellectuelle et artistique.

Cendrars le fréquentera assidûment, comme il se rendra régulièrement à La Ruche – une cité aux allures de phalanstère, sise à quelques encablures, dans le 15e arrondissement. Il y retrouvera, notamment, des amis proches : Fernand Léger, Modigliani, Chagall.
Le Paris des Champs-élysées et de l'avenue Montaigne, du B½uf sur le toit et de Tzara, Picabia, Diaghilev,
Picasso, Cocteau, Max Jacob, Jean Wiener... autant que du Théâtre des Champs-Élysées où, en 1923, est créé
son ballet La Création du monde, mis en musique par Darius Milhaud, décor et costumes de Fernand Léger.
Enfin, le Paris de la Place Clichy, des brasseries et du Moulin-Rouge où l'entraînait Fernand Léger...
Didier Méreuze

 
 
à lire
Le Paris de Cendrars, d'Olivier Renault. éd. Alexandrines, 2017, 130 p., 9,90 ¤.
Docteur ès sciences modernes et libraire, et auteur déjà, notamment, de
Montparnasse, les lieux de légende et de Montmartre, les lieux de légendes (éd. Parigramme),
Olivier Renault suit Blaise Cendrars au fil de ses pérégrinations et rencontres dans Paris



¼uvres romanesques, précédées des Poésies complètes, de Blaise Cendrars.
La Pléiade, éd.Gallimard, 2017, 2 volumes: vol. 1, 1696 p., 67 ¤ (59 ¤ jusqu'au 3 mars);

vol. 2, 1456 p., 64 ¤ (56 ¤ jusqu'au 3 mars).

écrivain voyageur, aventurier poète, enchanteur du verbe, réinventeur du monde, à la fois épique, tragique, intime, flamboyant, c'est Blaise Cendrars, tel que le met en lumière cette nouvelle édition de ses ½uvres, publiées entre 1907 et 1959.

Certaines sont célèbres (L'Or, Rhum...).
D'autres à (re) découvrir d'urgence. Une somme passionnante publiée sous la direction de Claude Leroy.

Tags : Paris

L’art esthétisé de l’Afrique centrale 13/01/2018

Le Musée du Quai-Branly interroge, selon des critères esthétiques, un fabuleux ensemble de statues et de masques sacrés du Gabon, Congo et Guinée
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
Masque de danse, ethnie adouma.
Patrick Gries
 
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
                       Masque de l'ethnie fang. Hughes Dubois
 
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
           Statuette de gardien de reliquaire, ethnie kota et obamba. P. Gries/V. Torre
 
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
Statuette de gardien de reliquaire, Cameroun. H. Dubois
Musée du Quai-Branly - Jacques-Chirac
 

 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
Masque de l'ethnie adouma.
Thierry Ollivier, Michel Urtado/
Musée du Quai-Branly-J.-Chirac

 
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
                    Statuette protectrice, ethnie lumbo et punu.
               Patrick Gries/Valérie Torre
 
 
L’art esthétisé de l’Afrique centrale
                              Statuettes de l'ethnie tsogo.Claude Germain
 
 
 
« Les forêts natales »
Musée du Quai-BranlyJacques-Chirac
En pénétrant dans l'exposition « Forêts natales » au Musée du Quai-Branly, le visiteur retient son souffle, -
impressionné par les dizaines de statues reliquaires qui se dressent face à lui. Taillées dans du bois sombre, les yeux brillants en clous de métal ou boutons de nacre, la bouche ouverte, exhalant comme un souffle, certaines suintent et transpirent, sous l'effet des patines anciennes. Elles portent de clairs attributs sexuels mais aussi
le nombril proéminent des nouveau-nés.
Ces figures du passage coiffaient jadis des paniers ou des boîtes d'écorce renfermant les ossements précieux des ancêtres chez les peuples fang.
La plupart de ces reliquaires ont disparu et leurs nobles gardiens, ramenés en Occident par les colonisateurs,
trônent désormais sur des socles comme de splendides trophées.
Le même sort a été réservé aux gardiens de reliquaires kota que les collectionneurs s'arrachent
aujourd'hui dans les salles des ventes, à coups de millions d'euros.
Le Musée du Quai-Branly en aligne une centaine, comme à la parade.
Surmontant une base en losange, ces visages ovales, cernés d'une ample coiffe, couverts de cuivre ou de laiton, s'offrent parfois convexes, parfois concaves.
Certains montrent les dents. D'autres arborent des scarifications.
Yves Le Fur, directeur des collections du Musée du Quai Branly, a choisi de les confronter, afin d'en révéler les similitudes et les particularismes régionaux, fruit des diverses migrations bantoues qui peuplèrent, dès
le XVIe siècle, ce bassin de l'Ogoué.
Cette approche, conforme aux critères de l'histoire de l'art occidental, magnifie les 300 ½uvres de l'exposition, dont de superbes masques fang, kwele, galwa ou punu.
Malheureusement, les informations patiemment collectées sur le terrain par les chercheurs sur la fonction de ces masques et leurs parures, utilisés lors de rites d'initiation ou d'exorcisme, sont ici écartées.
Un seul flm d'archive, dans un recoin, présente une danse cérémonielle. Comme si la
guéguerre qui avait opposé, lors de la création du musée, les ethnologues et les esthètes, persistait plus dix ans après.
Sabine Gignoux
Jusqu'au 21 janvier2018

Tags : EXpo musée du Quay Branly

Le Traquet kurde de Jean Rolin 11/01/2018

 
 
 
Le Traquet kurde de Jean Rolin
RobertaMurray/plainpicture/Design Pics

 
 
Quoi de plus fragile et opiniâtre qu'un oiseau, petit être auquel l'inspiration de bien des créateurs s'est accrochée depuis Aristophane ?
L'écrivain Jean Rolin, familier des récits aventuriers alliant la curiosité au rocambolesque, a montré dans d'autres
livres son intérêt pour les créatures à plumes.
L'une d'entre elles suscite ce nouveau livre, le 29e de l'écrivain, qui en a publié douze aux édi tions P.O.L depuis 2002.
Intrigué par l'incongruité de l'observation, au printemps 2015, d'un passereau kurde dans les monts d'Auvergne,
Jean Rolin s'est penché sur l'histoire de cet oiseau et, par elle, a découvert celles des hommes qui
depuis deux siècles ont cherché sa trace. Déplaçant littérairement l'enquête journalistique, à son habitude, il s'approprie le sujet pour le subvertir en une rêverie mêlant son monde intérieur et un monde réel parfois âpre.
Le traquet kurde (¼nanthe xanthoprymna), petit passereau à queue rousse et masque noir, vit « dans divers pays riverains de la mer Rouge ou du Golfe persique » et se reproduit « dans une zone mon tagneuse courant du sud-est de la Turquie à l'ouest de l'Iran, laquelle correspond assez exactement à la zone de peuplement kurde ». Quel est le lien précis de cet oiseau avec cette minorité opprimée, dont l'alternative est de longue date l'exil ou la résistance ?
Jean Rolin n'énonce aucune thèse, mais s'attache, en des biographies enchâssées, à quelques explorateurs
britanniques qui ont croisé le chemin de l'oiseau et, bizarrement, participé parfois à des actions déterminantes pour cette zone du monde.
L'officier des renseignements Richard Meinertzhagen, l'officier de liaison Lawrence d'Arabie, l'espion St. John Philby ou l'écrivain Wil fred Thesiger menèrent leurs expéditions ornithologiques dans ces zones géographiques dont le destin géopolitique occupe toujours le devant de la scène internationale.
Fasciné par ces figures ambiguës, Jean Rolin offre à travers elles l'exploration historique de deux siècles de relations entre l'Europe et le Moyen-Orient, effleurant les effets des politiques occidentales : des actions coloniales aux guerres récentes et à la mondialisation des loisirs, en passant par les accords de Sykes-Picot. 
Le voyage l'emmène loin des zones touristiques, en Angleterre, en France ou dans les montagnes kurdes, aux confins de l'Irak, de la Turquie et de la Syrie.
Il sera peut-être pris pour un agent de renseignement, couverture pour lui plus avouable que son but effectif : observer au mont Shirin le fameux traquet kurde, et ramener dans ses carnets le tableau d'une faune variée, étrangère aux guerres des hommes.
N'égaronspas le lecteur, la réflexion de Jean Rolin, volontiers drôle, est avant tout méditative, et son attention à
la nature sauvage offre parmi ses plus belles pages.
Sous sa plume, les frontières tracées sont disputées par celles, naturelles et mouvantes, que connaissent les autres espèces. Et le vol d'un oiseau, dût il être brutalement stoppé par un coup de fusil, y surgit plus subtil
que les pas lourds des conquérants ou des collectionneurs.
Comment, découvrant avec Jean Rolin la déroute du traquet kurde sur le puy de Dôme, à 4 300 kilomètres de son habitat naturel, ne pas penser à la solitude des peuples forcés au départ, du Kurdistan ou d'ailleurs, hier ou aujourd'hui ?
L'« expérience de l'exode, consécutif à un soulèvement et à l'écrasement de celui-ci, presque tous les
Kurdes d'Irak l'ont faite au moins une fois dans leur vie », écrit seulement Jean Rolin, laissant à l'un de ses compagnons, Fakher, le soin de suggérer ce qui de commun étreint les plus fragiles, les oiseaux comme les hommes.
Sabine Audrerie
De Jean Rolin viennent aussi de reparaître La Frontière belge et Journal de Gand aux Aléoutiennes (La petite vermillon)
Le Traquet kurde de Jean Rolin
P.O.L, 174 p., 15 ¤
 
 
Le Traquet kurde de Jean Rolin

Paul Otchakovsky-Laurens « cherchait à être dérangé, déplacé par ce qu'il lisait ». Jean-Luc Bertini/Pasco

Écrivains
Une manière de rendre hommage à l'éditeur qu'était Paul Otchakovsky-Laurens est de parler de ses auteurs. Le premier publié en son nom fut Marc Cholodenko, chez Flammarion en 1972.
Il fonde P.O.L en 1983 avec Le Livre des ciels, de Leslie Kaplan,
et L'Invention du corps de saint Marc, de Richard Millet.
Au catalogue figurent aujourd'hui plus de 300 écrivains : Charles Juliet, Olivier Cadiot, Marie Darrieussecq, Frédéric Boyer, Georges Perec, Marguerite Duras...
Six romans paraissent chez P.O.L ce mois-ci. Nous évoquons trois d'entre eux. 
Paraissent aussi ceux de Nathalie Azoulai (Les Spectateurs), René Belletto (Être) et Nicolas Fargues
(Je ne suis pas une héroïne). « Ils m'ont sauvé la vie, ils me sauvent la vie sans arrêt », disait
Paul Otchakovsky-Laurens des écrivains qu'il publiait.
C'était dans son deuxième film, éditeur, sorti en novembre dernier : une déclaration d'amour à tous ceux
qu'il a édités – et ceux qu'il a refusés –, et à cette relation étrange nouée avec eux.
« Auteur, je vis par ta voix, ses modulations, le souffle derrière. Tu es ma voix... »
Des voix qui ne s'éteindront pas.
 

l'image 9 janvier 2018 09/01/2018

 
 
l'image 9 janvier 2018

Hier, des militants de Greenpeace manifestaient devant l'église d'Immerath, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), qui doit être démolie en vue de l'extension de la mine de Garzweiler, exploitée par le groupe RWE.
Friedemann Vogel/Epa/MaxPPP

 
«
Le mal est
un charbon.
S'il ne brûle,
il noircit.
»
Charles de Leusse
 
 
l'image 9 janvier 2018
 
Charles de Leusse est un écrivain français contemporain, né à Paris le 4 novembre 1976, auteur de poésie, de fables et d'aphorismes. Wikipédia

Énergies renouvelables

Il faut voir comme une opportunité le « retard » que nous prenons dans la réalisation de ces parcs éoliens offshore. Celui-ci devrait permettre de prendre le temps de l'analyse des différents problèmes posés, et ils
sont nombreux.
Pour ne considérer que l'aspect économique, les investissements sont considérables, proches des côtes (environ 10 à 15 km), le facteur de charge ne devrait pas dépasser 30 % (données RTE).
Le parc de 6 000 MW a donc une capacité réelle de 1 800 MW, devrait coûter 24 milliards (Mds) d'euros pour une durée de vie de vingt ans et un prix de vente de 227 ¤ le MWh. Le coût de la centrale EPR de Flamanville, cité fréquemment comme excessif, est annoncé par EDF stabilisé à 11 Mds d'euros pour 1 500 MW facteur de charge déduit, durée de vie de soixante ans avec un prix de 100 ¤.
Il faut ajouter à l'investissement de l'éolien le coût des centrales thermiques nécessaires lors d'insuffisance
du vent ainsi que celui des réseaux.
Si le premier objectif, que l'on perd de vue sous l'action du lobbying, est de diminuer les gaz à effet de serre, l'éolien n'y répond pas. Voir l'Allemagne et le Danemark avec respectivement 12 et 8,5 t de CO2/habitant
pour 6 pour la France (2012).
Notre solde exportateur en 2016 a été de 39,1 TWh pour une production éolienne de 20,7 TWh.
Supprimons l'éolien, la France resterait exportatrice avec 18,4 TWh.
Cette destruction de nos paysages, du lien social et les atteintes à l'économie locale organisées par l'État est irresponsable.
Sur le plan économique, c'est une catastrophe, cette production a été vendue à un prix de marché de 36 ¤
moyen le MWh pour un coût d'achat aux producteurs de 89 ¤ soit une perte de 53 ¤ par MWh.
L'État lui-même organise sciemment la précarité énergétique puisque cette charge est payée par la CSPE
(contribution au service public de l'électricité) prélevée sur les factures d'électricité.
La vérité est que nous avons un gain potentiel considérable en économie d'énergie, de loin supérieure à la production des éoliennes et que nous ferions mieux d'investir dans ces économies et dans la recherche pour
disposer d'une énergie moins controversée lorsque les centrales nucléaires actuelles seront en fin de vie
Raymond Lebas (Vienne)
 
« L'énergie de la transition ».
Il suppose un lien entre la consommation de pétrole et la part du nucléaire dans la production d'électricité.
Ce faisant, il entretient une certaine confusion entre consommation énergétique globale et la part transitant
par l'électricité.
Il y a en fait trois « challenges » pour nos sociétés en matière d'énergétique :
la gestion des réserves énergétiques fossiles, la lutte contre le réchauffement climatique, et le choix
des sources de production de l'électricité.
Quels sont les liens entre eux ?
Pour plus des deux tiers, l'énergie que nous consommons est directement issue des sources primaires fossiles, pétrole, gaz et charbon.
C'est le cas pour les transports (automobile et marchandises), l'industrie, et l'essentiel du chauffage.
Toutes ces sources produisent du CO2, donc contribuent au réchauffement climatique.
En outre, les réserves naturelles en sont limitées. Pour un petit tiers, l'énergie que nous consommons transite par le vecteur électricité.
En France, l'électricité est produite à partir des sources primaires fossiles (8,6%), de l'hydraulique (12%),
du « renouvelable » éolien (3,9%), solaire (1,6%) et bioénergies (1,6%) et du thermique nucléaire (72,3%) (source : bilan RTE 2016). Soit à 91,4 % sans émission de CO 2.
Donc, la véritable urgence écologique est de tout faire pour réduire les consommations directes de combustibles fossiles. L'affirmation, souvent entendue, que la lutte contre le réchauffement climatique implique de réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité ne se fonde sur aucune logique.
Jean François Dubois (Ain)
 
RTE, Réseau de Transport d'Électricité, est une entreprise de service qui gère le réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine.
 

Tags : Ecologie & Environnement