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Coupe du monde de football 2018 22/06/2018

 
Un Mondial jusqu'ici sans fausse note

 
Coupe du monde de football 2018
Supporteur marocain sur la place Rouge avant le match Portugal-Maroc, mercredi.
Sergei Karpukhin/Reuters 
 
Ekaterinbourg (Russie)
C'est un grand classique pour les habitués du sport. À l'aube de chaque compétition, les nuages s'amoncellent sur l'organisation, avant de s'évanouir une fois les jeux ouverts.
La Russie, où l'on craignait des problèmes de violence et de sécurité, ne déroge pas à cette règle. Après huit jours de compétition et plus du tiers des matchs disputés (23 sur 64), aucun incident sérieux n'est à déplorer. Il y a bien cette mystérieuse histoire de stade à moitié vide lors du deuxième match du Mondial (Égypte-Uruguay), alors que tous les billets étaient censés avoir été vendus, mais l'enquête dépêchée par la Fifa et les autorités n'a pas encore livré ses conclusions.
« Maintenant que vous nous avez vus à l'½uvre, j'espère que vous rentrerez chez vous avec une meilleure image de la Russie », souligne ce jeune couple d'étudiants, qui a passé sa journée à orienter des supporteurs et journalistes perdus dans les rues d'Ekaterinbourg, capitale de l'Oural, où la France affrontait hier le Pérou. 
Cette ville peu touristique ne regorge pas, il est vrai, d'indications pour guider vers les deux principales attractions locales : le Musée Boris Eltsine (l'ancien président russe était originaire d'un village des environs) et l'église de Tous-les-Saints, dite « par-le-sang-versé », bâtie entre 2000 et 2003 sur le lieu de l'exécution de la famille impériale en 1918.
Du côté des supporteurs anglais, dont les éléments les plus turbulents ont été interdits de voyage par les autorités britanniques, on se comporte aussi raisonnablement.
Leurs représentants ont pactisé avec les associations de supporteurs russes – débarrassés par un méticuleux écrémage policier de leurs membres les plus radicaux – lors d'échanges soigneusement médiatisés à l'occasion du premier match de l'équipe anglaise, à Volgograd, l'ancienne Stalingrad.
Les violences de l'Euro 2016, où des bagarres entre hooligans russes et anglais avaient fait plusieurs blessés à Marseille, sont loin. D'autant que les deux équipes ont eu le bon goût de gagner leurs matchs, la Russie étant même le premier pays à se qualifier pour les huitièmes de finale avec l'Uruguay, mercredi.
Vladimir Poutine, lui, s'est fait discret. Après avoir été omniprésent durant les deux premiers jours de la compétition, le président n'a même pas regardé à la télévision le deuxième match de la Russie, et il a laissé les rênes au comité d'organisation. Tout en ne dormant que d'un ½il : Leonid Sloutski, consultant d'une des chaînes publiques de télévision, a vu son contrat brutalement annulé, apparemment pour avoir mentionné le nom de l'opposant Alexeï Navalny.
Symbole du soulagement des autorités, la place Rouge est de nouveau accessible.
Ce lieu qui accueille une des entrées du Kremlin et du mausolée de Lénine, fermé aux visiteurs par crainte de comportements irrespectueux dans les premiers jours du Mondial, a rouvert plus tôt que prévu.
JEAN-FRANÇOIS FOURNEL
 
 
Mondial-2018: 10,7 millions de téléspectateurs pour France-Pérou

Coupe du monde de football 2018

Olivier Giroud (G) et le Péruvien Pedro Aquino (D) lors du match France-Pérou à Ekaterinbourg en Russie Ekaterinburg le 21 juin 2018 / AFP/Archives
 

Tags : Coupe du Monde 2018

Poétiques de l’huître 22/06/2018

 
 

 
Hannah Collins, Sex 1 et Sex 2


Il y a un vertige de l'huître.
Je me souviens qu'enfant la perception de la douleur animale me vint de ce jeu puérilement sadique où, projetant quelques gouttes de jus de citron sur le bord du manteau de l'huître, je le regardais se rétracter avec une fascination horrifiée.
Je n'entrerai pas ici dans le débat complexe qui viserait à déterminer si cette réaction relève à proprement parler de la souffrance, ou plutôt de ce que les spécialistes – vive les spécialistes, quand ils fournissent des termes propres à distinguer entre des choses – nomment nociception plutôt que douleur.
Il n'empêche : voilà un animal que nous mangeons cru, et même vivant – certains d'entre nous ne supportent pas cette idée – je dis cette idée, parce qu'en somme, au moins dans notre culture et au pays des chiens et des chats, la sensibilité à l'égard de la souffrance animale trouve une expression bruyante à l'endroit des mammifères, plus discrète à l'égard des mollusques, faible à celui des arthropodes, et nulle à l'égard d'un animal unicellulaire comme la paramécie.
La question du langage est essentielle dans notre perception du monde animal.
Je vous en propose l'expérience suivante : observez un instant la photographie non légendée d'une huître. Vous verrez que cet animal est ici une chose. Maintenant consultez, dans le moteur de recherche de votre choix, une image de la « morphologie de l'huître » : brusquement surgit devant vos yeux une autre réalité, surprenante, presque gênante : car vous mordez à Noël dans des branchies, dans une bouche et dans un intestin, dans un anus et dans un c½ur.
Naturellement vous n'y pensez pas, d'ordinaire : cet animal après tout ne vous émeut que fort peu, entre autres parce qu'il ne possède pas de visage (je me demande ce qu'en aurait pensé Emmanuel Levinas, le penseur de la « visagéité ») ; moins encore si, cuit, vous le savourez avec une lamelle de foie gras – mon excellent collègue Y., qui revient du Cap Ferret, me fait un éloge vibrant de cet accommodement.
Il y a un autre vertige de l'huître : pour peu que l'on se mette à la contempler, elle est un monde où il entre du minéral, de l'aqueux, et toutes les délicatesses de la vie et du mouvement immobile. C'est probablement pourquoi certains poètes se sont intéressés à elle.
Un personnage d'un roman de Queneau, quelque peu gnostique sans doute, et assurément angoissé par la question de la continuité du vivant, s'interroge sur l'existence de l'huître en ces termes vigoureux : « l'huître... cet aspect de crachat, cette façon de se désintéresser du monde extérieur, cet isolement absolu, cette maladie : la perle... si je les réalise tant soit peu, ma terreur recommence. Cet être vivant, VIVANT ! vit, VIT ! indéfiniment accroché à un rocher, immobile, imperturbable, féroce, ouvrant le bec pour le refermer cruellement sur de malheureux animalcules et de pauvres algues. »
Le personnage de Queneau a raison : si autre soit-elle, l'huître ne nous est pas entièrement étrangère.
Qu'il y ait là un élément érotique, comme dans l'oursin, n'est pas douteux – c'est comme on sait un topos de la littérature licencieuse.
En témoignent Casanova, friand, dit-il, de cet aphrodisiaque supposé, et – qu'on me croie quand je dis que je n'y vois rien de désobligeant pour le sexe des femmes – le rapport que le génie populaire de la langue établit entre l'intimité féminine et cet autre mollusque : la moule.
Ou bien, si cette dernière image vous rebute, référez-vous à deux photographies noir & blanc de l'artiste contemporaine Hannah Collins, intitulées Sex 1 et Sex 2.
Certains d'entre vous auront deviné depuis longtemps que cette chronique doit quelque chose à Francis Ponge, auteur d'un remarquable poème en prose sobrement intitulé : L'huître.
 Ponge est apparemment peu sensible à l'érotique de son sujet. Il en fait plutôt une figuration de sa poésie, du travail rhétorique obstiné qu'elle suppose, et qui de temps en temps produit un miracle : « Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner. »
Heidegger, qui fait de l'homme le seul être donateur de sens, suppose l'animal « pauvre en monde », le caillou sans monde. Peut-être eût-il fallu dire monde pauvre, ou raréfié. Et je ne dis rien du violet, ou figue de mer, qui porte si bien son nom latin : microcosmus sabatieri. Oui, même le violet est un petit monde immense, iodé, violent et fermé. Il est des êtres au palais trop délicat pour s'y soumettre – une fois de plus, je mesure combien je ne suis pas délicat.
Chronique de STÉPHANE AUDEGUY
 
Raymond Queneau, Saint Glinglin (1948).
Francis Ponge, « L'huître », in Le Parti pris des choses (1942).


https://fr.wikipedia.org/wiki/Stéphane_Audeguy

Tags : Chronique ❤

l'image 22 juin 2018 22/06/2018

 
 
 
 
En octobre 2017, une femme fuit avec sa valise la ville de Saada (Yémen), fief houthiste, déclarée zone de guerre et cible de bombardements aériens. Mercredi, la photographe Véronique de Viguerie a reçu le « Visa d'or humanitaire du CICR » pour son reportage sur les conséquences humanitaires du conflit au Yémen.
Véronique de Viguerie
 
 
Tu verras qu'il est impossible d'oublier quelqu'un qu'on a détruit.


Francis Giauque

Tags : Images

Montpellier fait rayonner la danse en région 22/06/2018

Le 38e festival Montpellier Danse débute ce vendredi 22 juin. Huit compagnies françaises côtoient de grands noms internationaux.


Montpellier fait rayonner la danse en région

Le Nederlands Dans Theater fait partie des grands noms internationaux à l'affiche du festival Montpellier Danse.Rahi Rezvani
Montpellier fait rayonner la danse en région

 
Montpellier fait rayonner la danse en région

 
Montpellier fait rayonner la danse en région

 
Montpellier fait rayonner la danse en région


Pour sa 38e édition, le festival Montpellier Danse, qui débute ce vendredi 22 juin, met l'accent sur des chorégraphes issus de sa région, l'Occitanie. À l'affiche, huit compagnies reconnues en France côtoient de grands noms internationaux, tels que la Batsheva Dance Company, Jacopo Godani ou le Nederlands Dans Theater. À cette occasion, sous l'angle « Danser en région », le festival s'interroge sur l'existence, en France, de la notion d'artiste régional.
La majorité des chorégraphes réfutent cette idée. Ils ne se déterminent pas en fonction d'un territoire, ni d'une identité locale revendiquée. « Il n'y a pas vraiment de régionalisme chorégraphique en France, au sens où la danse s'inspirerait d'une identité préexistante d'une région », explique Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS (1). « Le seul ”régionalisme” constaté se retrouve dans le flamenco. Lorsqu'il est programmé à Montpellier Danse, on voit alors, au-delà du public habituel, des adeptes qui ont souvent des liens familiaux avec l'Espagne », nuance-t-il.
Aujourd'hui, les centres chorégraphiques nationaux (CCN) ½uvrent avec le public de leur territoire, sans clamer pour autant leur identité régionale lorsqu'ils sont en tournée. S'ancrer en région pour une compagnie passe d'abord par une relation étroite avec son public de proximité. « Nous grandissons avec lui. Nous existons grâce à lui. Cela passe par des programmations, des ateliers ouverts, un travail dans les écoles. On s'inscrit dans l'histoire d'un public », témoigne Hélène Cathala, chorégraphe de la compagnie Hors Commerce, cofondatrice du festival montpelliérain Mouvements sur la ville avec Didier Théron et Yann Lheureux.
Né dans le sillage de Montpellier Danse il y a dix ans, programmé aux mêmes dates, ce festival s'impose comme une complémentarité dans l'offre chorégraphique estivale et donne une visibilité plus assumée aux artistes locaux. « Nous revendiquons la notion d'artisanat. La danse est une aventure de création, de prises de risque, d'échecs. Notre rôle est d'aider ceux qui ne rentrent pas dans le cadre des résidences ou des conventions, car nous croyons que la créativité ne naît pas que dans les grandes compagnies. »
À l'image de Pina Bausch qui nourrissait ses créations des villes qu'elle traversait, la danse doit se glisser au plus près, dans les parcs, sur les places, sur un banc. En témoigne le succès des leçons de danse données en pleine ville par les chorégraphes programmés à Montpellier Danse et des pièces jouées dans les villages de la métropole héraultaise.
La question de la danse en région invoque également celle des politiques culturelles. « Si Paris reste le lieu ultra-dominant de la consécration artistique, les conditions d'installation des compagnies, de production et de diffusion de leurs ½uvres, se sont considérablement renforcées dans les régions, et en particulier autour de Lyon, Montpellier ou La Rochelle. C'est le paradoxe français de la décentralisation artistique », analyse Emmanuel Négrier.
Une décentralisation qui vient aussi du terrain. Ainsi la compagnie Baro d'Evel Cirk, franco-catalane, dont les attaches, depuis sa création il y a dix-huit ans, dépassent les frontières françaises, et dont la diffusion est plus souvent tournée vers le sud de l'Europe que vers le nord, a fait le choix, il y a six ans, de s'installer en milieu rural, dans un petit village de Midi-Pyrénées. « Nous avions besoin de beaucoup de surface, mais notre décision est aussi liée au vivier d'artistes de cirque contemporain présent ici. Une région dynamique, dotée d'une vraie politique culturelle va forcément donner envie à des compagnies de s'y installer. » Aux premières loges, le public en récolte les fruits.
YSIS PERCQ

Tags : Danse ♥

Éloge de la vie de couple 21/06/2018

Avec humour et poésie, un petit livre signé Claude Habib donne quelques clés pour apprendre à goûter la vie conjugale.
 
 
Éloge de la vie de couple

 
 
Éloge de la vie de couple

merci à Dominique photo DODO92120
 
Éloge de la vie de couple


 merci à Fabien  photo delicious-boys
 
 
Comme l'une de ses amies lui racontait avoir rompu parce que, disait-elle, « elle s'ennuyait » en couple, Claude Habib a eu l'idée de donner quelques clés pour nous faire découvrir, ou redécouvrir, le goût de la vie commune. Cette professeure de littérature à l'université Sorbonne-Nouvelle annonce d'emblée la couleur : « Je suis conjugaliste », écrit-elle, sans craindre le néologisme. « J'apprécie que les amours durent, que les malentendus se dissipent et que les écarts se pardonnent. »
Peinée d'apprendre que tel ou tel couple de son entourage se sépare, Claude Habib voit dans la vie à deux « un facteur de bonne santé mentale ». « On vit à double, avec ce redoublement de la vie dans la conscience de l'autre. Quand on est deux, il y a un témoin permanent. Une base stabilisante, une mémoire commune qui donne consistance à l'existence. »
Au fil des pages, l'auteure s'attache à déconstruire les idées reçues, avec humour et poésie. « L'ennui n'est pas un obstacle à la vie de couple. C'est le fond de la vie commune, sa condition sine qua non », assure-t-elle. Cet ennui léger qui permet de ne pas se sentir obligé de parler. À l'image de ces vieux couples, attablés au restaurant, qui semblent ne rien se dire, alors que leur communication est en deçà du langage, presque télépathique.
Il y a bien des raisons de rompre mais s'ennuyer n'en est pas une. « Certains couples refusent l'ennui par gloriole, ils veulent rester à la hauteur de leur passion et ils se consument », met en garde l'écrivain, avant de proposer une maxime inédite : « Vivre à deux, c'est être capable de s'ennuyer ensemble. »
Lorsqu'on vit ensemble, l'un devient sans surprise pour l'autre, et vice versa. Mais, selon Claude Habib, cette prévisibilité conjugale peut se révéler un atout. L'auteur valorise « cette zone de douceur et de prévisibilité », qui engendre la familiarité, sans exclure l'amusement. Précieuse habitude qui permet d'ouvrir les yeux, d'accueillir la nouveauté. « C'est à force de voir sans cesse le même ciel nocturne que des hommes ont repéré des constellations », note-t-elle. Précisément, la routine est une base de sécurité indispensable qui permet à chacun de puiser dans ses ressources, sa créativité et où peut se développer la vraie nouveauté.
Si la familiarité s'attache aux apparences, l'intimité amoureuse ouvre à la profondeur des êtres. La professeure de lettres l'illustre par l'exemple de Jean-Jacques Rousseau, qui se sent libre de se taire auprès de Madame de Warens, sa bienfaitrice. « L'intimité est cette relation unique qui parvient à nouer l'élégance et le sans-gêne, les égards et la liberté. »
Pour Claude Habib, qui s'affirme féministe, la vie conjugale est compatible avec l'aspiration à l'autonomie. « La liberté s'investit dans la formation des liens », mais sous condition, reconnaît-elle, d'une « grande assurance affective ». Attachée à la complémentarité, plus intéressante, selon elle, que l'égalité au sein du couple, l'auteure s'interroge sur sa durabilité. « Ce qui fait un couple, c'est la décision de mettre l'autre au centre de sa vie. » Pour tenir, le couple a besoin d'être protégé. À chacun de faire preuve de vigilance et d'indulgence.
 
Le Goût de la vie commune, de Claude Habib, Éd. Flammarion, 6 ¤.

Tags : Livres - Couple ♥